Isolation chanvre : est-ce vraiment efficace ?

L’isolation chanvre a le vent en poupe depuis plusieurs années. Sous forme de béton, de laine ou de panneaux isolants, il est désormais plébiscité dans le domaine de l’écoconstruction. Le chanvre cumule en effet bien des avantages : performance énergétique, qualité acoustique, isolant naturel et écologique : la mauvaise herbe serait en fait la perle rare de l’habitat. Est-ce la réalité ?

Isolation chanvre avantages

Isolation chanvre : quelles performances énergétiques ?

Si l’isolation chanvre connaît un succès grandissant, c’est d’abord à cause de ses performances énergétiques. En effet, on évalue sa capacité thermique de 8 à 24 Kj par m3, ce qui le rend performant pour lutter contre le froid, mais aussi pour préserver la maison des grandes chaleurs en été. Ainsi, une isolation chanvre mise en œuvre en deux couches de 10 cm permettrait d’atteindre un coefficient U = 0,2 W/m².K. Cet avantage concurrentiel, l’isolation chanvre la doit à son pouvoir hygrothermique. Le chanvre est en effet un matériau poreux, ce qui lui permet d’absorber une partie de l’humidité produite par le bâtiment et restituer de l’énergie par condensation capillaire en hiver. Une production qui compenserait la perte d’efficacité liée à la présence d’eau dans les fibres.  En été au contraire, la diminution du taux d’humidité provoque un phénomène de vaporisation qui permet de rafraîchir l’habitat. Concernant le bruit, les qualités phoniques du chanvre sont également intéressantes : selon l’association Construire en Chanvre, « Un mur de béton de 30 cm pourra présenter un affaiblissement supérieur à 50dB et un coefficient d’absorption de 0.8 selon la fréquence du son émis ».

Isolation chanvre : une culture écologique ?

isolation chanvreLe chanvre est évidemment un matériau naturel…ce qui ne veut pas nécessairement dire écologique ! Pour évaluer son impact environnemental, il est donc nécessaire de s’interroger d’abord sur les conditions de sa culture. En France, elle représente environ 10000 hectares, produisant en moyenne 10 tonnes de matière sèche par hectare. Un traitement mécanique permet ensuite de séparer les fibres (environ 30%), la chèvenotte (environ 60%) des résidus (environ 10%).  Sur ce plan le chanvre semble gagnant sur deux points. D’abord, sa culture ne nécessite pas d’additifs en dehors de l’azote et a besoin de très peu d’eau. De croissance rapide, c’est un véritable piège à CO2, qui permet par ailleurs aux sols de se régénérer en quelques mois. Ensuite, le chanvre est une arme naturelle contre les insectes et les mauvaises herbes : inutile donc de cultiver des variantes OGM de la plante de souche. Néanmoins, sa capacité à éloigner rongeurs et parasites n’est pas éprouvée. Le chanvre est donc souvent traité au sel de bore, un moyen agressif de protéger les fibres naturelles contre champignons et ravageurs. Enfin, le chanvre est entièrement biodégradable, et ne produit que très peu de particules nocives lors de sa mise en œuvre en panneaux ou sous forme de laine.

Isolation chanvre : un bémol sur les procédés de fabrication…

isolation-chanvre-midi-pyrénéesLe chanvre se présente sous différentes formes adaptées aux usages de l’écoconstruction. Les fibres de la plante – celles qui ont le plus fort pouvoir isolant – permettent de réaliser des isolants chanvre en panneaux ou en rouleaux : la laine de chanvre. Pour cela, la fibre de chanvre est mêlée à un liant – couramment de la fibre de polyester : les fibres sont donc portées à une température allant de 100 à 160° pour former une nappe homogène. Et c’est là que le bât blesse, car les 10 à 15 % de polyester ou de polyuréthane ajoutés pour améliorer la tenue de l’isolant contrebalancent nettement la provenance naturelle de la fibre. Il s’agit en effet de matériaux non-renouvelables et considérés comme toxiques. Certains fabricants les remplacent donc par de l’amidon, un matériau propre … mais conférant au produit une tenue bien inférieure.

Moins connu, le béton de chanvre est composé à partir de chèvenotte mélangée à de la chaux. La chèvenotte provient du cœur de la tige de chanvre : le produit peut alors être incorporé à différents types de mortiers ou d’enduits, mais aussi être utilisée en vrac pour isoler des combles perdus. Le béton de chanvre est particulièrement utilisé pour réaliser l’isolation des maisons à ossature bois, puisqu’il s’agit d’un enduit respirant, possédant de bonnes qualités énergétiques. Moins performante que la fibre, la chèvenotte s’adapte néanmoins à tous les types de supports. L’artisan fera alors varier la proportion de chaux et d’agrégats afin d’obtenir le mortier de chanvre le plus adapté.

 

eldotravo

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